Tu étais en bas de chez moi. Était-ce moi qui t’avais donné l’adresse ? Je n’arrivais pas à m’en souvenir. Je savais juste que tu étais venu jusqu’ici, parce que tu es fou, et que tu n’aurais pas dû. Je me réveillais à peine, entourée de grisaille, anesthésiée par le battement lancinant d’une pluie impétueuse qui parvenait à travers la fenêtre grande ouverte. Les voilages, pourtant légers, demeuraient obstinément immobiles, paralysés par la lourdeur de l’air.
Sans savoir comment, en un instant, je me suis retrouvée dehors, et tu m’as serrée fort dans tes bras. Nous étions déjà trempés par le torrent diluvien qui accrochait des perles au bout de nos cils et nous collait à notre peau nos vêtements devenus transparents et glaciaux. Mais nous n’avions pas froid. Tu as enfoui ton visage dans mon cou et je me suis perdue dans ton parfum. La veille n’avait plus d’importance. Le lendemain, tout ceci serait oublié, effacé par la pluie. Mais à ce moment précis, tout ce qui comptait était que je sente enfin tes lèvres sur les miennes, lorsque tu m’as embrassée pour la première fois, et que j’ai fermé les yeux.
Lorsque je rouvre les yeux sur les brumes dissipées d’un rêve trop court, je retrouve le silence feutré de ma chambre, que seul brise le martèlement de la pluie sur les carreaux. Mon téléphone gît à portée de main, toujours marqué des derniers mots que tu m’as envoyés ce matin : après les avoir lus, je m’étais rendormie en le serrant encore entre mes doigts engourdis de sommeil.
Et je commence à pleurer.
July 15th, 2010 at 9:05 PM
Jolie histoire, bien romancée. Un vrai talent d’écrivaine.