Pluie battante

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse 1 Comment »

Tu étais en bas de chez moi. Était-ce moi qui t’avais donné l’adresse ? Je n’arrivais pas à m’en souvenir. Je savais juste que tu étais venu jusqu’ici, parce que tu es fou, et que tu n’aurais pas dû. Je me réveillais à peine, entourée de grisaille, anesthésiée par le battement lancinant d’une pluie impétueuse qui parvenait à travers la fenêtre grande ouverte. Les voilages, pourtant légers, demeuraient obstinément immobiles, paralysés par la lourdeur de l’air.

Sans savoir comment, en un instant, je me suis retrouvée dehors, et tu m’as serrée fort dans tes bras. Nous étions déjà trempés par le torrent diluvien qui accrochait des perles au bout de nos cils et nous collait à notre peau nos vêtements devenus transparents et glaciaux. Mais nous n’avions pas froid. Tu as enfoui ton visage dans mon cou et je me suis perdue dans ton parfum. La veille n’avait plus d’importance. Le lendemain, tout ceci serait oublié, effacé par la pluie. Mais à ce moment précis, tout ce qui comptait était que je sente enfin tes lèvres sur les miennes, lorsque tu m’as embrassée pour la première fois, et que j’ai fermé les yeux.

Lorsque je rouvre les yeux sur les brumes dissipées d’un rêve trop court,  je retrouve le silence feutré de ma chambre, que seul brise le martèlement de la pluie sur les carreaux. Mon téléphone gît à portée de main, toujours marqué des derniers mots que tu m’as envoyés ce matin : après les avoir lus, je m’étais rendormie en le serrant encore entre mes doigts engourdis de sommeil.

Et je commence à pleurer.

Fidélité: une fable

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse 4 Comments »

Elle s’était toujours targuée d’une fidélité sans défaut. Pas une fois elle n’avait failli, et pourtant les occasions s’étaient faites nombreuses dans le passé. Elle avait toujours appris à contrôler ses impulsions et celles des autres. Même après 10 shots de vodka colorée et aromatisée (et infâme) au Revolution’s Bar avec les collègues, même après que cute Chris lui eût fredonné un air sur fond de guitare acoustique et passé la main dans les cheveux (et quelle fierté d’avoir résisté au combo vin-guitare-cheveux !), même face aux mille et une tentations d’une vie estudiantine londonienne qu’elle ne découvrait encore qu’à peine.

Et depuis plusieurs mois, elle s’était sentie dépérir, cloîtrée dans un quotidien morne ; une cage dorée dont les barreaux étaient ses principes, acquise au prix de sa liberté. Jusqu’à ce qu’elle le croise, au détour d’une soirée à Trafalgar Square.

Ce garçon-là était différent. A la seconde même de leur rencontre, elle avait su que les emmerdes allaient commencer. Pour commencer, il était beau à couper le souffle. Ensuite, avec lui, elle se sentait vivante. Et ça, c’était très mauvais signe. Avec lui, c’était différent, parce qu’elle ne s’affaiblissait pas comme avec les autres hommes. Au fond, il semblait à peu près aussi torturé qu’elle (si ce n’était plus), et elle s’appuyait sur ce qu’elle imaginait être la force mentale du nouvel arrivant pour garder le contrôle sur ses émotions. Si lui le pouvait, alors elle aussi.

Elle sentait les premiers symptômes d’addiction la gagner – parce qu’elle était ivre de ce qu’elle pensait être un contrôle sans faille, parce qu’elle était fière d’être vue avec lui dans la rue, parce que lorsqu’il lui souriait et la regardait dans les yeux, son cœur se serrait étrangement. Elle se surprit à l’associer à des mélodies complètement niaises et sans aucun rapport avec leur amitié.

I promise I’ll be kind, but I won’t stop until that boy is mine.

Bon, tout ça c’était de la connerie, elle le comprendrait par la suite. Mais en attendant, quelques jours seulement s’étaient écoulés et qu’elle le voulait. Les élans de son propre corps qu’elle pensait dépéri avaient outrepassé sa raison ; ou peut-être bien qu’elle retrouvait le goût lointain des défis amoureux qu’elle se lançait autrefois. En somme, elle comptait l’utiliser – un coup d’une nuit et restons amis, veux tu – mais ce n’était pas grave, puisque lui faisait de même avec les femmes.

Alors ce soir-là, lorsqu’il la raccompagne devant chez elle après une soirée dans Soho, très peu alcoolisée mais riche de ces moments particuliers (fierté, sourire, serrage de cœur et tout le bazar), elle est certaine de ce qu’elle veut, comme elle ne l’a jamais été. Le scénario est tout tracé, elle sait qu’elle lui plaît, et encore mieux : qu’il l’apprécie. Elle lève les yeux vers lui. I promise I’ll be kind. Elle sait qu’il la comprend : emmène-moi à l’intérieur, et fais-moi l’amour, juste le temps d’oublier que je meurs chaque jour un petit peu plus.

Il a très bien compris. Il l’embrasse. Sur la joue. Tourne les talons, et s’en va.

Ok, ça, ce n’était pas prévu. Normalement, on ne se refuse pas à elle. Elle va lui en vouloir un bon moment, puis lui en être reconnaissante, puis lui en vouloir à nouveau, et ainsi de suite. Parce qu’il ne sera jamais à elle, quoiqu’en dise la chanson. Mais elle va surtout comprendre que tous les hommes ne sont pas des salauds, même ceux qui prétendent l’être.

Le lendemain, rupture avec son homme. Ce qu’elle a compris par-dessus tout, c’est que le garçon qui lui a dit non n’est pas différent des autres. C’est elle qui a changé ; elle refusait simplement de se l’admettre.

Ne t’attache pas à moi

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse 3 Comments »

Oui, cette phrase, tu l’as déjà entendue quelque part. Ou bien, dans un élan de quasi-mansuétude qui n’était en fait qu’un rôle que tu te donnais, tu l’as sortie à ta future victime, alors que vous conversiez à la terrasse d’un café, et que tu as perçu dans son regard les premières lueurs de l’affection.

Ne t’attache pas à moi, je ne suis pas quelqu’un de bien.

Je te comprends, tu sais. Moi aussi, je l’ai dite (et j’avais tort). Mais ton avertissement n’aura eu que l’effet inverse ; un message caché qui ne fera que resserrer les filets de ton emprise sur l’autre, qui se débattra peut-être quelques jours, mais c’est peine perdue. Pour peu que l’autre aime les défis, comme toi, ou encore se sente des vocations de Saint-Bernard et décide de sauver ton âme torturée des vices de l’autodestruction par non-attachement.

Quant à toi, tu ne murmures en réalité cette phrase qu’à toi-même. Tu te persuades, tu te rassures. Tu refuses l’intimité émotionnelle et lui préfères l’intimité physique, tellement plus confortable, tellement moins douloureuse. Tu as subi les affres de l’abandon par le passé, et après en avoir souffert, tu as pris la décision de ne plus jamais laisser qui que ce soit t’abandonner.

Je te comprends, tu sais. Moi aussi, j’ai pris un jour cette décision (et j’avais tort). Mais depuis, tu collectionnes les conquêtes amoureuses, les vocations ou les pays. Peut-être même les trois. Chaque fois que tu sens les faiblesses d’une inclination se faire sentir, dès que tu pourrais être heureux, tu prends peur. Et tu pars, avant d’être congédié, déçu, laissé pour compte.

Et tu maintiens le contrôle sur ta vie, à tout prix. Même au prix de ton bonheur. Je te comprends, tu sais. Moi aussi, je le fais. Même si nous avons tous deux tort.

Silences – Crépuscule

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse No Comments »

Crépuscule

Le crépuscule meurt dans ses derniers rubans
De nuages brûlants, silencieux et sombres,
Et plongeant le jardin dans la douce pénombre
De Juillet qui s’exhale en parfums enivrants.

Insensible aux rumeurs éloignées de liesse,
Assis dans l’herbe folle, un couple de rêveurs
Se perd aux griseries d’un insouciant bonheur,
Ivres de sentiments d’une infinie tendresse.

Sans qu’un baiser volé, tourment délicieux,
Ne trouble leur échange si mystérieux,
Là, dans l’ombre feutrée, leurs âmes se murmurent,

Et tout comme une jeune rose se dévoile,
Eclot, sous le regard des naissantes étoiles,
La fragile passion des deux amants futurs.

Rêvé le 07.07.07. Ecrit le 29.08.07. Recyclé le 07.07.10. Gravé à jamais.

Ciel de crépuscule par Bruno Monginoux

Mot d’amour éphémère

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse No Comments »

J’ai besoin de toi pour survivre, tu comprends ? Sans toi, je ne suis plus moi-même. Je viens de t’avoir, et déjà l’aiguillon de l’impatience se fait ressentir. Au fil des heures, la pression du manque se fait plus insistante. Je pensais pouvoir tenir quelques jours sans toi, mais tu m’es indispensable. Je peste, et rage, telle une bête en cage. Et ton absence devient un supplice.

Je n’ai plus le choix. Quelques mots doux me suffisent, tu n’as pas besoin d’en faire beaucoup pour que je m’abandonne à toi. Ces précieux moments de passion, où tu fais partie de moi, et leur douce échéance, sont une joute entre ton emprise et ma volonté.

J’en ressors épuisée, et sereine. Et je t’adore toujours plus. Ma douce, ma bien-aimée, mon écriture.

Premium Wordpress Theme | Premium WP Themes | Free Icons | wordpress theme
Dedicated Servers
Tweeter button Facebook button