Télé-réalité : on critique, mais on regarde quand même

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Règle numéro 1 : on assume

Ici, point de gêne, point de honte. Point de remarques dédaigneuses (Y’a que les blaireaux qui regardent) ou de diatribes indignées (On nous manipule, on nous trompe, on nous vole notre intégrité intellectuelle, gna gna).

Non, la télé-réalité n’est pas regardée exclusivement par des personnes intellectuellement déficientes, bien que semblant nous plonger dans un état semi-comateux proche de l’hypnose de groupe nous poussant à adopter des comportements irrationnels assez proches de ceux constatés lors d’une coupe du monde de football (hurlements, live-tweets, insultes, etc.)

Oui, l’image est manipulée de manière à ne montrer que ce qui arrange la prod : un medley des moments les plus croustillants, les plus choquants et les plus romanesques, de façon à nous ficeler et livrer un beau feuilleton qui nous maintiendra haletant et salivant devant notre écran. Les candidats nous l’ont assez répété et nous avons assez de bon sens pour nous en rendre compte par nous-mêmes.

On le sait, qu’on nous prend pour des cons. Mais on regarde tout de même. Quand je dis on, je parle de ceux qui assument, mais aussi de ceux qui se tapissent dans l’obscurité pour regarder d’un œil méfiant tout en critiquant les courageuses âmes qui en parlent ouvertement. Oui toi là, je t’ai grillé. Déculpabilise-toi sans crainte, car je vais t’expliquer pourquoi tu es irrésistiblement attiré par ce ramassis de comportements obtus (ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est toi qui l’as pensé tout haut).

Ce que la télé-réalité nous dit réellement

Penchons-nous tout d’abord sur les raisonnements de base occasionnés par chaque type de télé-réalité :

Trouver l’Amour (L’amour est dans le pré, Moundir l’aventurier de l’amour, L’amour est aveugle…)
Traduire : toi au moins tu n’as pas besoin de te ridiculiser devant la France entière d’une émission télé pour trouver l’amour.

Compétition basée sur le “talent” (Star Academy, La Nouvelle Star…)
Traduire : toi aussi tu as une chance de percer dans le milieu si ces blaireaux inaptes ces courageux candidats y arrivent.

Partir à l’aventure et braver les difficultés (Koh Lanta, Pekin Express)
Traduire : finalement, ton quotidien ennuyeux à mourir sans accrocs est bien agréable.

Expérience sociologique (Secret Story, La ferme des célébrités, L’île de la tentation…)
Traduire : toi aussi deviens célèbre en ne faisant rien trompant ton partenaire expérimentant la vie en communauté.

Témoignage (Confessions intimes…)
Traduire : ta vie est normale acceptable merveilleuse en comparaison.

Mais pourquoi je regarde ce truc, moi ?

Enfin, les véritables raisons qui te poussent à participer aux 5 à 20% de part d’audience généralement générés par une émission de télé-réalité. Enfin, des explications à ce comportement irrationnel qui te fait douter de toi-même. Meuh non, rien de grave.

  1. Ça repose le neurone : notons que ces émissions sont souvent passées en semaine. Tu rentres du travail, tu n’as pas envie de réfléchir. Ça tombe bien, y’a Moundir, l’aventurier de l’amour ! Et comme tu ne te rappelles plus trop ce qui s’est passé la semaine dernière, parce que tu chahutais trop devant avec tes coloc’s pour réellement suivre, l’émission se fera un plaisir de te livrer un résumé de 20 minutes sur les moments-clés (ou pas) de l’épisode précédent.
  2. On rigole bien : « La nuit porte sommeil », « Je suis une tombe de prison », « Je vais être constipée, j’ai déjà mangé du riz à midi »… phrases cultissimes et comportements hallucinants rythment la télé-réalité, source de délires, mèmes et pages Facebook en tous genres… On en veut toujours plus, et on n’est pas déçus. 
  3. L’effet feuilleton : on a beau dire, ils savent s’y prendre. Non seulement on s’attache aux personnages participants, mais l’on se retrouve également aspiré dans des spirales de suspense et de rebondissements de plus en plus sophistiquées. Oui, ok, on avait déjà deviné que les 3 candidats « éliminés » en début d’émission se retrouveraient dans une maison cachée, mais pendant 1h, on a eu un petit doute, non ? Et un cliffhanger en fin d’épisode ne fait jamais de mal (mais pourquoi machin at-t-il buzzé bidule ? A-t-il trouvé son secret ? aaargh !)
  4. On se rassure : c’est le moment de se lâcher en moqueries et critiques, et ce en toute légitimité. Si certains candidats semblent conserver un capital-normalité très raisonnable, d’autres semblent avoir été choisis pour leur aspect caricatural (que ce soit en inculture, arrogance, hystérie ou autre). D’ailleurs, ce sont ces derniers que l’on préfère : ils font vivre l’émission ! Il faut des Pascal et Lucie auxquels s’attacher malgré nous. Nous les regardons lutter un lundi sur deux pour s’échanger deux mots, et le profond sentiment de déprime qu’ils nous inspirent ne fait que nous rappeler à quel point notre existence est finalement palpitante et peuplée de rencontres passionnantes. Et puis, on a le droit de critiquer : ils ont CHOISI de participer donc tant pis pour eux ! Oui, l’être humain est cruel.
  5. Voyeurisme : une fois de plus, tout est permis. L’on pénètre dans l’intimité émotionnelle (et parfois, physique) des gens et on les voit réagir. Nous pouvons facilement nous identifier à ces situations qui sont réelles (enfin, a priori, hein).
  6. Le pouvoir absolu : décider du destin d’un autre être humain selon son bon vouloir. Dieu. Face à une télévision qui nous impose ses programmes et ses publicités, nous nous vengeons d’un seul geste : TAPEZ 1. Et vlan, dehors machin, ça t’apprendra à être inintéressant.
  7. Ça fait rêver : si si. En dépit de tout cela, la télé-réalité fait encore rêver. L’anonyme devient célébrité : nul besoin d’être même acteur ou chanteur… quelques semaines à se dorer la couenne au soleil dans une maison qui pique les yeux, un petit séjour sur une île déserte peuplée de créatures de rêve et nous voilà célèbres. Tranquille.

Bon, bien sûr, il faut être prêt à affronter le ridicule. Mais on sait très bien que ça ne nous arriverait jamais, à NOUS. Enfin, c’est ce qu’on croit.

Les hommes au triangle rose

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Avant d’ouvrir un livre sur la déportation et l’univers concentrationnaire, on est toujours tenté de se forger une carapace d’indifférence. De se protéger en y posant un regard empreint de la distance jugée nécessaire. On se dit que les témoignages se ressemblent tous : Si c’est un homme, L’écriture ou la vie, Sonderkommando… Et chaque fois, on se plante, et on se retrouve les larmes aux yeux, parce qu’on ne peut jamais s’habituer à l’intolérable.

Les hommes au triangle rose est un récit qui n’échappe pas à la règle. Seulement, le sujet en paraît encore plus tabou, ayant échappé à l’attention du public jusqu’au milieu des années 1970. La traque et persécution des homosexuels par le régime nazi est un sujet passant quasiment inaperçu.

Heinz Heger nous met une grosse claque émotionnelle en nous racontant comment un déporté marqué du triangle rose, au bas de l’échelle sociale régnant dans les camps, se sert de sa jeunesse, de son apparence, de sa force mentale pour s’en sortir et se frayer un chemin vers la survie, en dépit des traitements inhumains dont sa communauté fait l’objet. Dérangeant, mais touchant. Je m’étais encore plantée sur cette histoire de distance ; je l’ai lu de trop près, et j’y ai versé des larmes.

Heinz Heger, Les hommes au triangle rose, Poche H&O

Réflexions sur l’amour

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Bon, disons-le clairement, la Communication et moi, c’est une passion dévastatrice parsemée de « Je t’aime, moi non plus ». Je m’abreuve de ce qui peut m’éclairer pertinemment sur le sujet (je parle des petites merveilles d’Eric Berne et autres génies ; et en aucun cas d’ouvrages obscurs écrits à la hâte par des inconnus en quête de notoriété facile).

Bref, je farfouillais dans mes étagères pour un peu d’inspiration, et j’ai retrouvé cet ouvrage Parle-moi… j’ai des choses à te dire, qui se veut guide d’une communication retrouvée entre deux êtres qui n’auraient plus rien à se dire ou se seraient rendus inaccessibles par le conflit. L’auteur, Jacques Salomé, psychosociologue et spécialiste du développement personnel, a quand même pas loin de 60 bouquins sur le sujet à son actif (c’est même Wikipedia qui le dit alors hein) et pas des pires, et demeure un ponte dans le domaine, alors je me suis dit que ça ne me ferait pas de mal de m’y replonger un chouilla. Premières impressions sur le vif.

Toute rencontre part d’un malentendu

Dès le départ, l’on se montre conforme à ce que l’on imagine être les attentes de l’autre à notre égard. D’autre part, nous aspirons à voir se refléter dans les yeux de l’autre ce que nous souhaiterions être. Malheureusement, ces « malentendus » font que la relation part sur une base de décalages entre la réalité perçue et les désirs inconscients de l’autre personne. Ces décalages peuvent être sources de stress, de peurs… Une personne peut se frustrer en imaginant devoir agir d’une certaine manière, lorsque l’autre n’a absolument rien exprimé de tel.

Ainsi, on peut également rechercher en l’autre un aspect choisi pour soulager une mauvaise représentation de soi-même, afin d’en retirer un bénéfice négatif : une qualité qui nous manque, et que nous jalousons, ou à l’inverse, un défaut personnel que l’on déteste.

Enfin, sous la pression d’un contexte culturel occidental où la représentation du sentiment amoureux est un fantasme paradisiaque, nous nous attendons à ce que l’autre nous comprenne instinctivement, sans avoir à lui expliquer quoi que ce soit.

En d’autres termes, l’âme sœur est un réparateur de ce qui nous a manqué dans notre propre passé. Ainsi, l’amour n’est pas que fusion et bonheur, mais également souffrance liée au deuil de la relation telle qu’on se la représentait.

Critères de complémentarité et conflits

Jacques Salomé affirme que les choix amoureux se déterminent selon des désirs conscients, mais aussi des pulsions inconscientes. Celles-ci sont les reflets d’images parentales ou d’un besoin narcissique de voir se réaliser en l’autre une partie de soi-même. En cas de coup de foudre, ce raisonnement viendrait-il par la suite, renforçant et justifiant un choix impulsif effectué par instinct ?

Ainsi, les affinités s’établiraient en fonction des désirs, manques et craintes: par exemple, une personne éprouvant un fort sentiment d’insécurité se tournerait instinctivement vers quelqu’un de sécurisant. Les mythes personnels structurent la nature de la relation, et paradoxalement, l’on peut rechercher un partenaire qui représente l’idéal de soi que l’on ne s’imagine jamais capable d’atteindre. Pourtant, ces idéaux inaccessibles et désirs inconscients renforcent des scénarios qui se répètent à l’infini…

Exemple (extrême, bien connu, et simplifié) : une femme fragile, battue dans son enfance, risque bien souvent de choisir des partenaires représentant l’idéal d’une personne mentalement forte (peut-être même capable de tenir tête à ce père violent), qui au final finira par la maltraiter à son tour.

D’autres choix se font sous couvert de désir œdipien : une recherche des qualités du père ou de la mère, ou encore, à l’inverse, un besoin de fuir ces figures parentales.

Ainsi, un homme ayant souffert d’une mère trop rigide tombera amoureux d’une femme qui lui apportera la fantaisie à laquelle il n’aura jamais eu droit. Toutefois, cette fantaisie à laquelle il a été habitué à résister toute sa vie finira par devenir un facteur plus anxiogène que libérateur.

A la suite des premières semaines ou premiers mois amoureux, fusionnels, passionnés, durant lesquels la critique de l’autre est totalement inhibée dans une idéalisation quasi sans limites, ces malentendus finissent par se révéler. Et les conflits commencent à apparaître, avec de nombreuses options à la clé : séparation, éloignement (avec concentration sur des activités extérieures ou des aventures), jeux psychologiques (cf. Eric Berne, Games People Play)… ou renouveau de la relation.

La crise est finalement dépeinte comme un élément bénéfique permettant de transformer la relation, de lui donner un nouveau souffle, la rendre plus authentique.

Bon allez, j’en ai assez lu

(Enfin non, il y a de grandes chances que je termine ce livre parce qu’il est diablement intéressant tout de même)

Mais mon Dieu, stop aux analyses froides, aux sentiments décortiqués comme de simples résidus de nos névroses infantiles. Place à la passion, que diable. Place aux sentiments spontanés, exaltants, presque douloureux tel est puissant le manque engendré par l’absence de l’être aimé. Quinze minutes de lecture m’ont suffit à ne plus vouloir réfléchir ; je refuse d’analyser quoique ce soit. Je veux vivre et ressentir sans peur, je veux me laisser submerger par les émotions à en pleurer de bonheur. Je veux dire et entendre « Je t’aime » sans me demander ce que ces mots signifient réellement et simplement croire à ce qu’ils sont. Avec la naïveté et la fougue de l’adolescence.

« C’est une faim, un violent désir mais, en même temps, l’élan, l’héroïsme et l’oubli de soi. […] c’est une folie divine ». F. Alberoni

Non mais ho, hein. Et pour la peine, je vous illustre tout ceci avec une image dégoulinant de niaiserie que j’ai trouvée bien mignonne parmi les horreurs que me proposait Google Image (mon ami de toujours,  ou tout du moins jusqu’à ce que je me décide à faire mes propres photos).

5 minutes, 5 pétitions pour changer les choses

J'aime, j'aime pas, Journal d'une Rêveuse, Trucs utiles 3 Comments »

Aujourd’hui, je vous propose de fermer nos fenêtres Twitter / Facebook pour 5 toutes petites minutes. Il n’en faut pas plus pour signer une ou plusieurs de ces pétitions: une liste non exhaustive, bien entendu… mais qui nous est chère. Allez, je vous accompagne et on fait tout ça ensemble.

1. “Un milliard de personnes souffrent de faim chronique dans le monde et ça me révolte”

J’ai été très touchée par la tribune de Jacques Diouf hier sur LeMonde.fr: “Un homme affamé est un homme en colère”. Un million de signatures requises: ça paraît énorme, et pourtant ça ne représente que 0,1% de ces personnes victimes de malnutrition.

Même pas besoin de donner. Il suffit de poser son sandwich une minute, et de signer: http://www.1billionhungry.org/

2. Pétition européenne contre le suremballage

Parce que le suremballage, c’est pas DéDé (Développement Durable), et, considérations esthétiques et marketing mises à part, franchement inutile. Et coûteux. Et ça bouffe notre planète. Cette opération connaît un franc succès, et lorsqu’elle créera une différence, je serai fière d’en avoir fait partie.

Et vous? si oui, c’est par ici que ça se passe: http://www.overpacking.eu/

3. Pétition contre l’expérimentation animale (Fondation Brigitte Bardot)

Je regarde mon chat dormir; ses petites pattes recroquevillées, ses oreilles poilues et son grand sourire de félin satisfait. Il ne m’en faut pas plus pour me faire fondre et penser à toutes ces petites bêtes qui souffrent pour que nous nous enduisions de produits divers et variés. Si Body Shop connaît un succès fou sans expérimenter sur chats, lémuriens, et que sais-je, autres lapinous, alors les autres le peuvent aussi.

Si toi aussi tu aimes les petites bestioles, clame-le ici: Pétition contre l’expérimentation animale

4. Soutien au Tibet et au Dalaï-Lama

Pour le Tibet, ça a l’air mal barré. Les pays occidentaux ont de plus en plus de mal à reprocher à la Chine ses violations des Droits de l’Homme, de la liberté d’expression, etc. Normal, vu son poids économique exponentiel. Plutôt que de sombrer dans une attitude résignée et àquoibontiste, je ferai TOUJOURS partie de ceux qui soutiendront les Tibétains et le Dalaï-Lama en exil. Pour se rappeler comment l’invasion du Tibet a réellement eu lieu, retournez voir 7 ans au Tibet, par exemple (dont FYI tous les acteurs et participants ont été interdits de séjour en Chine).

Toi aussi, incarne la zénitude en soutenant le Tibet: Stand with Tibet

5. Amnesty International: défendre les Droits de l’Homme

On a l’embarras du choix. Personnellement, j’ai choisi de signer celle soutenant la lutte contre les violences faites aux femmes en France, espérant au vu du nombre croissant de signataires qu’elle aura un impact non négligeable.

Pour faire un choix et défendre les Droits de l’Homme, c’est par ici: Pétitions Amnesty International

Certes, la plupart demandent un nom, un e-mail, voire une adresse. J’ai tout signé, et ma boîte mail n’en est pas morte. En revanche, j’ai participé à la survie de causes qui me sont chères.

Et vous?

Alice: thèmes et symboles dans le dernier Tim Burton

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De nombreuses critiques existent déjà sur Alice au pays des merveilles, le dernier Tim Burton, de bonnes critiques… et de moins bonnes. Je ne vais pas pondre un énième article fustigeant Tim Burton pour avoir fait du Tim Burton: de nombreux l’ont déjà fait, en particulier ici, mais personnellement, je n’ai pas été dérangée par ce point (au contraire). Si vous aussi vous vous demandiez pourquoi vous n’aviez pas été  transcendés par la 3D utilisée dans Alice alors qu’elle vous avait ravi les pupilles dans Avatar, cet article explique tout sur la différence entre les deux techniques.

J’aspirais à vous offrir une analyse philosophico-psychologique du film mais je me suis rendu compte qu’en réalité, il y avait très peu à dire. Déception sur ce point. N’ayant jamais lu le roman de Lewis Caroll, ni sa suite De l’autre côté du miroir (dont le film s’est également inspiré, d’après certaines de mes lectures), j’espérais enfin contempler la richesse des délires Burtoniens et en outre inspirés de Caroll – mais je me suis retrouvée devant un presque-nanar Hollywoodien. La béotienne que je suis va tenter une simple analyse des thèmes et symboles récurrents du film – c’est à peu près tout ce que j’ai pu en tirer, c’est dire la profondeur de l’œuvre.

Cela dit, je me dois de remercier Tim Burton sur un point: je détestais le dessin animé de Walt Disney que je trouvais effrayant et inhumain; et le réalisateur a su redonner à ses personnages une certaine dimension humaine. J’ai donc, en un sens, été réconciliée avec Alice, et il se pourrait bien que je lise le roman et ses suites.

*** Attention: certains éléments de l’intrigue sont révélés dans le reste de ce billet ***

Prends ta destinée en main

Cette devise est sans aucun doute le fil directeur de l’intrigue. Dès le premier quart d’heure, l’on découvre une héroïne définie non par ses choix mais par ceux de son entourage ; une jeune fille frêle et rêveuse qui subit la pression familiale. Elle n’ose se prononcer, fuit devant le conflit, et se fait imposer des fiançailles forcées avec un homme visiblement insupportablement terre-à-terre (et moche). Sa belle-mère en particulier est comparée à la Reine Rouge lors de leur conversation dans le jardin de roses blanches : la femme préfère les roses rouges et peindrait les roses blanches si elle en avait l’occasion, tout comme la Reine Rouge dans le conte original de Lewis Caroll. Ainsi, ces deux personnages sont des dictateurs, façonnant le monde à leur image et modifiant ce qui ne leur convient pas – y compris Alice, qui se voit reprocher sa nature trop rêveuse.

Lorsqu’elle arrive au pays des merveilles, c’est la même chose : la jeune fille obéit lorsqu’elle reçoit des ordres, même de la part d’objets (« bois-moi », « mange-moi ») et finit par affirmer qu’elle n’est pas la « vraie » Alice, parce que les autres personnages l’ont constaté, et qu’elle les croit – bien qu’elle ne comprenne pas pourquoi. En effet, elle s’insurge « Mais pourtant, c’est mon rêve ! C’est moi qui devrais décider de cela », ce que l’on pourrait également traduire par « C’est ma vie, c’est à moi de décider qui je suis ».

Elle en oublie même jusque son propre nom : hésitante devant la Reine Rouge, elle finit par se faire appeler « Hum », sur un quiproquo certes, mais un fait bien symbolique. D’autre part, elle ne cesse de changer de taille, s’adaptant une fois de plus aux circonstances et choisissant la voie de la facilité : intimée d’être plus adulte (sois plus terre-à-terre, marie-toi, etc.), elle grandit ; mais infantilisée par un entourage qui décide à sa place, elle rapetisse également.

C’est d’ailleurs à partir du moment où elle reprend sa taille normale et affirme « mon nom est Alice ! » qu’elle reprend le contrôle de son identité, et seulement à partir de ce moment-là est-elle en accord avec elle-même. Ce moment coïncide avec la transformation du personnage de la chenille bleue qui s’enferme dans une chrysalide : ainsi, elle n’est que le reflet d’Alice qui elle-même a commencé une métamorphose – devenir elle-même, peut-être également un passage de l’enfance à l’âge adulte, mais surtout, décider de sa propre destinée, jusqu’au jour où elle se « transforme en papillon » (dernière image du film).

Raison, folie, rêve et réalité

Comment croiser Burton et Caroll sans aborder ces thèmes ? C’est en particulier ici que l’on attendait le réalisateur au tournant, Tim Burton maîtrisant à la perfection les univers décalés et oniriques. Bien que déçue par le peu de profondeur accordée à ces sujets, j’ai tout de même repéré  quelques éléments allant dans ce sens.

Raison, folie, rêve et réalité s’entremêlent et se fondent joyeusement. Dès les premières minutes du film, le ton est donné : un petit grain de folie ne peut pas faire de mal ; en fait, c’est un signe de bonté. Ou d’intelligence. On ne sait pas trop. En tout cas, les meilleures personnes l’ont – whatever that means. Niaiserie mise à part, le personnage du chapelier fou est bien géré (même si le jeu de Johnny Depp ne l’est pas, ersatz de rôles précédents) pour nous prouver qu’un peu de folie est parfois bien sympathique.

Quant à l’aventure entière, l’on ignore s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité – Alice l’ignore elle-même jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle ne rêve pas, et qu’elle est déjà venue au Pays des Merveilles une première fois. J’aurais préféré que l’ambigüité demeure sur ce point.

Amour et crainte

Si raison et folie ne sont pas abordées de manière manichéenne, j’ai bien du mal à me décider sur le reste qui semble malheureusement trop souvent l’être. Dans mes souvenirs, les personnages étaient ambigus, souvent méchants, critiques ou menaçants et Alice était une victime, menée où le vent et les évènements la traînaient. A la fin, elle finissait par fuir la Reine Rouge qui s’en sortait fort bien. Dans le film, le chapelier fou est fort touchant, tout comme le Cheshire Cat (mon personnage préféré du film, sans appel) et les vilains sont bêtes et méchants. Seule, la Reine Rouge semble avoir un cœur, des sentiments, des doutes. Et encore.

Une des problématiques récurrentes de ce personnage semble être celle-ci : Vaut-il mieux régner par l’amour ou par la crainte ? Narcissique, mégalomane, voire même (complètement) psychopathe, la Reine Rouge modèle le monde qui l’entoure à son image, et se reflète dans le regard et l’admiration des autres. Sa grosse tête est le symbole évident d’un égocentrisme qui semble-t-il n’a pas de limites. Sa cour entière s’adapte en se greffant des faux nez, oreilles, mentons, ventre de grosse taille afin de lui ressembler. Lorsque les masques tombent, elle se sent trahie, seule, et c’est là que s’entame sa déchéance.

Comme prévu, le film entier s’efforce de nous démontrer que l’amour triomphe toujours (Walt Disney et américain, ne l’oublions pas). Bayard le chien trahit la Reine en dépit de sa crainte, ainsi que tous ses autres sujets par la suite. La véritable reine reprend sa place – blanche, pure, non souillée, sans passion et complètement fade, mais elle est gentille et aime tout le monde. Bref. Passons.

En conclusion, j’ai apprécié le film (je sais, on ne dirait pas) en tant que divertissement et beaucoup aimé le caractère burtonesque des paysages et des costumes (les robes d’Alice!!!). Cela dit, je l’ai trouvé creux et trop politiquement correct (n’en déplaise à Tim Burton qui affirme l’inverse au Figaro). Si vous voulez un conte de fées imprégné de problématiques réelles, allez plutôt voir Le Labyrinthe de Pan.

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