Pluie battante

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Tu étais en bas de chez moi. Était-ce moi qui t’avais donné l’adresse ? Je n’arrivais pas à m’en souvenir. Je savais juste que tu étais venu jusqu’ici, parce que tu es fou, et que tu n’aurais pas dû. Je me réveillais à peine, entourée de grisaille, anesthésiée par le battement lancinant d’une pluie impétueuse qui parvenait à travers la fenêtre grande ouverte. Les voilages, pourtant légers, demeuraient obstinément immobiles, paralysés par la lourdeur de l’air.

Sans savoir comment, en un instant, je me suis retrouvée dehors, et tu m’as serrée fort dans tes bras. Nous étions déjà trempés par le torrent diluvien qui accrochait des perles au bout de nos cils et nous collait à notre peau nos vêtements devenus transparents et glaciaux. Mais nous n’avions pas froid. Tu as enfoui ton visage dans mon cou et je me suis perdue dans ton parfum. La veille n’avait plus d’importance. Le lendemain, tout ceci serait oublié, effacé par la pluie. Mais à ce moment précis, tout ce qui comptait était que je sente enfin tes lèvres sur les miennes, lorsque tu m’as embrassée pour la première fois, et que j’ai fermé les yeux.

Lorsque je rouvre les yeux sur les brumes dissipées d’un rêve trop court,  je retrouve le silence feutré de ma chambre, que seul brise le martèlement de la pluie sur les carreaux. Mon téléphone gît à portée de main, toujours marqué des derniers mots que tu m’as envoyés ce matin : après les avoir lus, je m’étais rendormie en le serrant encore entre mes doigts engourdis de sommeil.

Et je commence à pleurer.

Le jour où j’ai abandonné

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“03 avril 200*

Je suis dans un de ces états où je me sens dériver. Ces moments où je me bats de toutes mes forces pour ne pas me perdre, ne pas perdre la raison. C’est comme de nager à contre-courant; on sait qu’on doit se battre pour survivre, et refuser de songer à se laisser entraîner par le courant; surtout ne pas penser à cette douce torpeur qui nous envahirait si l’on se laissait engloutir par les ondes silencieuses, protectrices…

Ce genre d’état est au-delà du stress. Au-delà des capacités de mon Amour à me remonter le moral; puisqu’il n’est pas là; s’il était là; tout serait différent. A distance, ce n’est pas pareil, il ne comprendrait pas ce qui m’arrive, il ne connaît pas assez cette facette de ma personnalité. Les émotions qui me font écrire ce genre de message, les émotions violentes, et qui paradoxalement me semblent si pures. Pure tristesse, pur désespoir, pure colère, pure haine…

Ce genre de message, je sais que tu le comprends. Tu sais que ça ne veut pas dire que je sombre dans la folie ou que je pars dans un délire névrotique. Que j’ai juste besoin de te l’écrire… de partager ces émotions pures avec quelqu’un qui les comprenne. Qui me comprenne… oh j’ai tellement besoin de vivre avec des gens qui me comprennent. J’ai besoin de ma famille, de mes petits frères qui jouent à la console avec moi, tous serrés sur un étroit canapé; j’ai besoin de mes amis et de [mon Amour]… J’ai besoin de gens qui sont heureux de me voir… qui me comprennent

Tu me manques… dans ces moments où je dérive, c’est surtout toi qui me manques. Hier soir j’ai appelé [à la maison] en pleurs. Crise de larme comme ils n’ont jamais entendu en 3 ans à Londres. De ma vie je n’ai jamais appelé mon père en pleurs et tremblante pour lui dire “je veux rentrer chez moi”. Adieu la force, adieu [ma fierté], juste une enfant perdue qui appelle son père à l’aide. Voilà ce à quoi elles ont réussi à me réduire. Et je dois vivre avec ces filles. Encore 6 semaines. La pensée même m’ôte le goût de faire quoi que ce soit. Mais je dois m’accrocher, et la seule chose qui me retient, me garde les pieds sur terre, ce sont ces dossiers, mes études. Comme toujours dans ces cas-là.

Je m’excuse de t’envoyer ce message, je sais que tu n’es pas bien; [...]. Alors j’ai voulu partager cela avec toi; si tu vas mieux j’en suis heureuse et si ce n’est pas le cas, je suis là pour toi. Comme toujours, enfin j’essaie. Je t’adore.”

Tant de chemin parcouru. Fierté. Soulagement. Incrédulité… Gratitude.

Il est de ces lettres qui me rappellent ce que j’ai mis tant d’énergie à oublier. Et c’est en les retrouvant, presque par hasard, que le chemin parcouru depuis lors s’impose à moi: soudainement limpide, parsemé de victoires que je me refuse à admettre.

Tu l’as vu dernièrement, beaucoup de textes ici sont ironiques, modifiés, exacerbés à l’extrême, cathartiques. Jetés à l’écran telle une délivrance. Souvent même romancés. Mais celui-ci est authentique, et fut adressé à mon frère, il y a quelques années. Il y a bien longtemps. Ou pas. J’ai le cœur battant à l’instant même j’écris ces mots, consciente de te livrer une partie de mon âme, alors que bien souvent, tu n’es qu’un regard inconnu, une attention, une plume anonyme sur mon espace.

Je ne sais même pas vraiment pourquoi je le fais. Je n’ai pas besoin de tes réactions, de ta curiosité, de ton opinion, quelle qu’elle soit; ni même de ton empathie. Je n’en ai pas besoin.

Je n’accepterai que tes émotions.

Picture by Danielle Rae

Latente

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Latente, une sourde et douce agonie. Elle gronde et se débat tel un animal sauvage, prisonnière de mon calme apparent. Je la tempère, je la raisonne, mais peu à peu, ses griffes injectent un poison insidieux dans mes veines. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde est un combat contre mes propres démons, qui profitent de cette faiblesse pour refaire surface et nourrir la bête d’incessants questionnements et insatiables inquiétudes.

Toute mon énergie est consacrée à la faire taire; ma raison affaiblie et fascinée faillit à accomplir ce qu’elle me garantissait pourtant si facilement. Je suis paralysée, oisive; je tourne en rond, je fais les cent pas, je me couche, je me lève, je me rassois; le repos de l’âme et des sens m’est interdit. Résolue, je commence des tâches inachevées avant même d’avoir été initiées.

L’insupportable douceur de souvenirs devenus lointains déjà me hante, à portée de main mais inaccessibles, tel un délicieux supplice de Tantale. Il me semble que le néant qui m’habite ne sera comblé qu’au terme de cette attente.

L’attente.

Je t’attends.

Catharsis

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J’émerge d’un monde de cauchemars, les mains encore moites du sang que j’y ai fait couler. Celui de mon père, ou de mon frère ; je ne me rappelle déjà plus. L’un comme l’autre le méritent, il me battaient tous les deux. Je revois mon père psychopathe tentant de m’étrangler ; je me bats pour survivre. Mon frère obsessionnel compulsif me frappe dès qu’il a une crise. Ma mère, impuissante, pleure tous les jours. Les plaies encore palpitantes de mon enfance me brûlent.

Une migraine sourde alors qu’à peine réveillé, j’allume ma première clope de la journée. Il est quinze heures trente-trois, et comme tous les jours, j’ai ce sentiment de gueule de bois sans avoir bu. Les anxiolytiques, sûrement. Je me suis encore écroulé tout habillé sur ce convertible que je ne replie désormais plus jamais, vêtu de cette chemise froissée que je n’ai pas eu la force de changer depuis trois jours. Je n’arrive plus à y distinguer les taches de sang sur les bras, de celles du café.

Réfugié dans un seize mètres carré, je ne me risque hors de chez moi que pour l’achat des deux paquets de cigarettes quotidiens, qui me consument peu à peu. Je ne mange presque plus et carbure au café, que je me prépare dès le lever, et jusque tard dans la nuit, devant mon ordinateur. Car je me coucherai, ou plutôt ne m’effondrerai qu’à six heures du matin, lorsque l’aube caressera déjà les toits de Paris.

Je suis intellectuellement brillant, mais je foire tout ce que j’entreprends, car je ne finis jamais rien. Je fous en l’air mon potentiel en demeurant un connard fini. Les gens me détestent, mais je m’en fous : moi aussi, je vous déteste. Et je me déteste aussi. Je me déteste tellement que mes poignets sont striés de cicatrices, plus ou moins récentes. Dont celles d’hier soir, encore vermeilles.

J’ai une copine. Enfin, copine. Un plan Saint-Bernard. Elle est dingue de moi parce qu’elle espère sauver ce qui ne peut l’être. Elle voudrait panser mes blessures. Elle aime ma prose, mes dessins, ma culture hors du commun. Elle aime apprendre de moi. Des mots comme idiosyncrasie. Je ne sais pas pourquoi elle s’acharne, parce que je la traite comme de la merde. Je l’insulte, je la critique, je l’humilie quotidiennement. Je la menace. Je menace de me tuer devant elle. Je pense à mon ex quand je la baise. Mal. Et pas souvent. Je lui ai dit, d’ailleurs. Impuissante, elle pleure tous les jours. Trois mois avec moi, et elle en sera sûrement bousillée à vie. Mais bon, pas mon problème. Chacun ses problèmes.

J’ai vingt ans ; je suis dépressif et antisocial. Et je détruis tout ce que je touche, comme j’ai été détruit.

Le breakup look

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Cher toi, cher lecteur fidèle (ou pas) qui me suis au gré des humeurs, et que, par conséquent, j’adore. Cher toi, si tu me voyais là, maintenant, tout de suite, tu ne me reconnaîtrais plus. Je suis en proie au breakup look.

Tu le connais, ce look; tu l’as forcément vu ou vécu. L’oeil hagard, le cheveu gras, le regard encore éteint  et l’esprit embrumé des suites d’une dose un peu abusée d’anxiolytiques pour pouvoir fermer l’œil la nuit dernière, tu erres lamentablement. Tu portes ton sweatshirt Snoopy à capuche au travail, et tu t’autorises à arpenter les couloirs tel un zombie, ou même de pleurer lorsqu’on te demande si ça va. Oui oui, ça va, réponds-tu en reniflant, les yeux explosés et la cerne quasiment phosphorescente.

Eh bien tu sais quoi, cher toi, lecteur adoré, je ne vais pas me la jouer breakup look bien longtemps; je vaux mieux que ça, et surtout, je te dois mieux que ça. Je vais lui montrer, à cette chiennasse de vie, qu’on ne traite pas les gens de cette façon. Je vais revenir si belle et successful qu’elle rampera à mes pieds en me demandant pardon pour toutes les merdes qu’elle m’a envoyées. De toute manière, elle sait déjà à qui elle a affaire. Et je vais commencer dès maintenant.

Enfin, dans quelques jours quoi. En attendant, je vais enfiler mon pyjama et comater devant une série débile en mangeant des Haribo.

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