Ce billet aurait pu être titré De l’importance d’avoir des amis geeks. Plongée comme je le suis en semaine dans mon petit quotidien – métro, boulot, métro, Facebook, Twitter, Blog post, Twitter, Star Wars: The Force Unleashed, Facebook, Maxime Chattam, Twitter, etc. jusqu’à ce que mort neuronale et dodo s’ensuive – j’en oublie presque ce que ça fait de passer du temps avec des gens qui ne baignent pas dans ce flux incessant d’informations.
Ce week-end faisait donc parti de ces moments que je passe en compagnie de personnes exclusivement non-geek (la famille ne compte pas: on fait preuve d’indulgence; fracture générationnelle, tout ça; et beaucoup de mes amis travaille dans la communication et le web). De ces gens de notre âge (disons, moins de 30 ans) qui n’ont pas de Twitter, pas de console, ne connaissent pas “mer il et fou” et certains n’ont même pas de profil Facebook – mon Dieu mais que font-ils de leur temps libre?
Blague à part, je me suis sentie, en quelque sorte, presque seule: moi qui tends vers un idéal de geekitude cool (lorsque “geek” ne signifie pas “sans amis” mais “2.0 fluent”), moi qui complexe car j’ai le sentiment que je n’en connaîtrai jamais assez sur ce domaine et travaille d’arrache-pied pour combler mes lacunes, je me suis rendu compte que finalement, aux yeux du béotien 1.0, je faisais partie de cette communauté sans avoir même à faire d’effort. Au début, c’est presque une revendication identitaire (pour moi, ça l’est: je ne suis pas la pétasse à diplôme en marketing que tu croises tous les jours: je suis une pétasse marketing qui lit, écrit, a une vie sociale et ne gère pas trop mal sur un ordinateur, pour une fille). Les 25 premières blagues et remarques ironiques sur Twitter et autres sont marrantes, les 25 suivantes sont un peu plus lourdes à porter, surtout lorsque tu entends pour la cinquième fois dès que tu sors ton iPhone pour checker un mail “Tu parles à tes vrais amis?” (NDLR: sans rancune).
Ce week-end, j’étais la geek de service, et j’ai eu du mal à assumer. Honte à moi.
Puis j’ai réfléchi (cela m’arrive, parfois) et je me suis rendu compte que le mot “geek” avait perdu de son sens et ne signifiait, au final, plus grand-chose. Question de point de vue. Il y a 20 ans, un geek était un mec qui savait envoyer un e-mail. Aujourd’hui, ça veut dire quoi? Les deux tiers des français ont internet. 80% des jeunes ont un compte Facebook. Où est la frontière entre la geekitude et la non-geekitude? La détention d’un compte Twitter (9% des internautes, donc)? Un métier dans le web? …Des lunettes?
Ou alors faut-il se positionner: tout ou rien, réfractaire à toute forme de technologie ou asocial linuxien? Non, je ne suis pas d’accord. Michael Porter, père du marketing stratégique, peut se retourner dans sa tombe (enfin pas vraiment, puisqu’il n’est pas décédé), mais j’aime et revendique cette polyvalence et je ne choisirai pas l’un ou l’autre extrême. Je ne joue pas aux MMORPG, je sors le week-end – OU PAS, je lis des hors-série Les dossiers de la science spécial Internet, je lis des vrais livres, j’écris sur Twitter – OU PAS. J’observe le web tous les jours, et je vois surgir de plus en plus de gens comme moi, des gens in the middle. Vie sociale et web 2.0, c’est possible.
Un peu de curiosité, et stop aux clichés.
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