Bon, disons-le clairement, la Communication et moi, c’est une passion dévastatrice parsemée de « Je t’aime, moi non plus ». Je m’abreuve de ce qui peut m’éclairer pertinemment sur le sujet (je parle des petites merveilles d’Eric Berne et autres génies ; et en aucun cas d’ouvrages obscurs écrits à la hâte par des inconnus en quête de notoriété facile).
Bref, je farfouillais dans mes étagères pour un peu d’inspiration, et j’ai retrouvé cet ouvrage Parle-moi… j’ai des choses à te dire, qui se veut guide d’une communication retrouvée entre deux êtres qui n’auraient plus rien à se dire ou se seraient rendus inaccessibles par le conflit. L’auteur, Jacques Salomé, psychosociologue et spécialiste du développement personnel, a quand même pas loin de 60 bouquins sur le sujet à son actif (c’est même Wikipedia qui le dit alors hein) et pas des pires, et demeure un ponte dans le domaine, alors je me suis dit que ça ne me ferait pas de mal de m’y replonger un chouilla. Premières impressions sur le vif.
Toute rencontre part d’un malentendu
Dès le départ, l’on se montre conforme à ce que l’on imagine être les attentes de l’autre à notre égard. D’autre part, nous aspirons à voir se refléter dans les yeux de l’autre ce que nous souhaiterions être. Malheureusement, ces « malentendus » font que la relation part sur une base de décalages entre la réalité perçue et les désirs inconscients de l’autre personne. Ces décalages peuvent être sources de stress, de peurs… Une personne peut se frustrer en imaginant devoir agir d’une certaine manière, lorsque l’autre n’a absolument rien exprimé de tel.
Ainsi, on peut également rechercher en l’autre un aspect choisi pour soulager une mauvaise représentation de soi-même, afin d’en retirer un bénéfice négatif : une qualité qui nous manque, et que nous jalousons, ou à l’inverse, un défaut personnel que l’on déteste.
Enfin, sous la pression d’un contexte culturel occidental où la représentation du sentiment amoureux est un fantasme paradisiaque, nous nous attendons à ce que l’autre nous comprenne instinctivement, sans avoir à lui expliquer quoi que ce soit.
En d’autres termes, l’âme sœur est un réparateur de ce qui nous a manqué dans notre propre passé. Ainsi, l’amour n’est pas que fusion et bonheur, mais également souffrance liée au deuil de la relation telle qu’on se la représentait.
Critères de complémentarité et conflits
Jacques Salomé affirme que les choix amoureux se déterminent selon des désirs conscients, mais aussi des pulsions inconscientes. Celles-ci sont les reflets d’images parentales ou d’un besoin narcissique de voir se réaliser en l’autre une partie de soi-même. En cas de coup de foudre, ce raisonnement viendrait-il par la suite, renforçant et justifiant un choix impulsif effectué par instinct ?
Ainsi, les affinités s’établiraient en fonction des désirs, manques et craintes: par exemple, une personne éprouvant un fort sentiment d’insécurité se tournerait instinctivement vers quelqu’un de sécurisant. Les mythes personnels structurent la nature de la relation, et paradoxalement, l’on peut rechercher un partenaire qui représente l’idéal de soi que l’on ne s’imagine jamais capable d’atteindre. Pourtant, ces idéaux inaccessibles et désirs inconscients renforcent des scénarios qui se répètent à l’infini…
Exemple (extrême, bien connu, et simplifié) : une femme fragile, battue dans son enfance, risque bien souvent de choisir des partenaires représentant l’idéal d’une personne mentalement forte (peut-être même capable de tenir tête à ce père violent), qui au final finira par la maltraiter à son tour.
D’autres choix se font sous couvert de désir œdipien : une recherche des qualités du père ou de la mère, ou encore, à l’inverse, un besoin de fuir ces figures parentales.
Ainsi, un homme ayant souffert d’une mère trop rigide tombera amoureux d’une femme qui lui apportera la fantaisie à laquelle il n’aura jamais eu droit. Toutefois, cette fantaisie à laquelle il a été habitué à résister toute sa vie finira par devenir un facteur plus anxiogène que libérateur.
A la suite des premières semaines ou premiers mois amoureux, fusionnels, passionnés, durant lesquels la critique de l’autre est totalement inhibée dans une idéalisation quasi sans limites, ces malentendus finissent par se révéler. Et les conflits commencent à apparaître, avec de nombreuses options à la clé : séparation, éloignement (avec concentration sur des activités extérieures ou des aventures), jeux psychologiques (cf. Eric Berne, Games People Play)… ou renouveau de la relation.
La crise est finalement dépeinte comme un élément bénéfique permettant de transformer la relation, de lui donner un nouveau souffle, la rendre plus authentique.
Bon allez, j’en ai assez lu
(Enfin non, il y a de grandes chances que je termine ce livre parce qu’il est diablement intéressant tout de même)
Mais mon Dieu, stop aux analyses froides, aux sentiments décortiqués comme de simples résidus de nos névroses infantiles. Place à la passion, que diable. Place aux sentiments spontanés, exaltants, presque douloureux tel est puissant le manque engendré par l’absence de l’être aimé. Quinze minutes de lecture m’ont suffit à ne plus vouloir réfléchir ; je refuse d’analyser quoique ce soit. Je veux vivre et ressentir sans peur, je veux me laisser submerger par les émotions à en pleurer de bonheur. Je veux dire et entendre « Je t’aime » sans me demander ce que ces mots signifient réellement et simplement croire à ce qu’ils sont. Avec la naïveté et la fougue de l’adolescence.

« C’est une faim, un violent désir mais, en même temps, l’élan, l’héroïsme et l’oubli de soi. […] c’est une folie divine ». F. Alberoni
Non mais ho, hein. Et pour la peine, je vous illustre tout ceci avec une image dégoulinant de niaiserie que j’ai trouvée bien mignonne parmi les horreurs que me proposait Google Image (mon ami de toujours, ou tout du moins jusqu’à ce que je me décide à faire mes propres photos).
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