Fidélité: une fable

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse 4 Comments »

Elle s’était toujours targuée d’une fidélité sans défaut. Pas une fois elle n’avait failli, et pourtant les occasions s’étaient faites nombreuses dans le passé. Elle avait toujours appris à contrôler ses impulsions et celles des autres. Même après 10 shots de vodka colorée et aromatisée (et infâme) au Revolution’s Bar avec les collègues, même après que cute Chris lui eût fredonné un air sur fond de guitare acoustique et passé la main dans les cheveux (et quelle fierté d’avoir résisté au combo vin-guitare-cheveux !), même face aux mille et une tentations d’une vie estudiantine londonienne qu’elle ne découvrait encore qu’à peine.

Et depuis plusieurs mois, elle s’était sentie dépérir, cloîtrée dans un quotidien morne ; une cage dorée dont les barreaux étaient ses principes, acquise au prix de sa liberté. Jusqu’à ce qu’elle le croise, au détour d’une soirée à Trafalgar Square.

Ce garçon-là était différent. A la seconde même de leur rencontre, elle avait su que les emmerdes allaient commencer. Pour commencer, il était beau à couper le souffle. Ensuite, avec lui, elle se sentait vivante. Et ça, c’était très mauvais signe. Avec lui, c’était différent, parce qu’elle ne s’affaiblissait pas comme avec les autres hommes. Au fond, il semblait à peu près aussi torturé qu’elle (si ce n’était plus), et elle s’appuyait sur ce qu’elle imaginait être la force mentale du nouvel arrivant pour garder le contrôle sur ses émotions. Si lui le pouvait, alors elle aussi.

Elle sentait les premiers symptômes d’addiction la gagner – parce qu’elle était ivre de ce qu’elle pensait être un contrôle sans faille, parce qu’elle était fière d’être vue avec lui dans la rue, parce que lorsqu’il lui souriait et la regardait dans les yeux, son cœur se serrait étrangement. Elle se surprit à l’associer à des mélodies complètement niaises et sans aucun rapport avec leur amitié.

I promise I’ll be kind, but I won’t stop until that boy is mine.

Bon, tout ça c’était de la connerie, elle le comprendrait par la suite. Mais en attendant, quelques jours seulement s’étaient écoulés et qu’elle le voulait. Les élans de son propre corps qu’elle pensait dépéri avaient outrepassé sa raison ; ou peut-être bien qu’elle retrouvait le goût lointain des défis amoureux qu’elle se lançait autrefois. En somme, elle comptait l’utiliser – un coup d’une nuit et restons amis, veux tu – mais ce n’était pas grave, puisque lui faisait de même avec les femmes.

Alors ce soir-là, lorsqu’il la raccompagne devant chez elle après une soirée dans Soho, très peu alcoolisée mais riche de ces moments particuliers (fierté, sourire, serrage de cœur et tout le bazar), elle est certaine de ce qu’elle veut, comme elle ne l’a jamais été. Le scénario est tout tracé, elle sait qu’elle lui plaît, et encore mieux : qu’il l’apprécie. Elle lève les yeux vers lui. I promise I’ll be kind. Elle sait qu’il la comprend : emmène-moi à l’intérieur, et fais-moi l’amour, juste le temps d’oublier que je meurs chaque jour un petit peu plus.

Il a très bien compris. Il l’embrasse. Sur la joue. Tourne les talons, et s’en va.

Ok, ça, ce n’était pas prévu. Normalement, on ne se refuse pas à elle. Elle va lui en vouloir un bon moment, puis lui en être reconnaissante, puis lui en vouloir à nouveau, et ainsi de suite. Parce qu’il ne sera jamais à elle, quoiqu’en dise la chanson. Mais elle va surtout comprendre que tous les hommes ne sont pas des salauds, même ceux qui prétendent l’être.

Le lendemain, rupture avec son homme. Ce qu’elle a compris par-dessus tout, c’est que le garçon qui lui a dit non n’est pas différent des autres. C’est elle qui a changé ; elle refusait simplement de se l’admettre.

Exercice épistolaire

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse 2 Comments »

Lettre IV

De la Marquise de *** au Chevalier ***

Sachez Monsieur, que votre colère ne saurait qu’être justifiée. Comment! Pour d’obscures raisons, soudainement, je ferais fi de nos doux souvenirs, de tant d’années de tendresse, et, de par ailleurs, de douloureuses absences et de patiences divinement récompensées ? Vous qui m’aviez sauvée de moi-même et des tourments infinis que m’inspiraient de fort désagréables évènements, vous qui, résolument, m’avez appris qu’il n’était rien qui ne pût réellement m’atteindre tant que vous me faisiez grâce de vos douces affections ? Vous seul, enfin, que je conçus devenir le compagnon d’une vie, certes marquée de difficultés et de différences que nous connaissons bien, mais imprégnée de la douceur que seule la certitude d’avoir trouvée l’âme amie procure ?

Souffrez, Monsieur, de comprendre les réflexions tumultueuses qui me menèrent à cette amère décision. Je sais qu’à l’instant même, lisant mes mots, vous n’aurez cure de comprendre mes raisonnements, et que, eussé-je daigné vous en faire part plus tôt, votre ire en eût peut-être été atténuée. Cependant, souffrez d’entendre que mon entourage ne me fit part que d’une surprise modérée. A maintes occasions, j’ai cependant tenté de vous laisser transparaître mes orageuses pensées, et en particulier mon ennui, mais vous n’avez su saisir ces occasions de me divertir, et de sauver ce qui nous était si cher.

Au risque de vous blesser, je ne peux cacher que de par ma vraie nature, je ne suis femme à m’attacher si longtemps, et que de par ailleurs, mon ambition et mes rêves se trouvèrent peu à peu entravés de par vos desseins si rares et l’insuffisance de vos actions. Vous êtes pourtant si jeune, et votre caractère fougueux eût dû égayer nos quotidiens et combler mes langueurs. Je dois me résoudre à vous abandonner, car c’est ainsi que je le ressens, abandonnant par là-même un carcan de sagesse qui m’a certes adouci l’âme, mais privée des excitations et divertissements que seuls le péril et l’inconnu ne sauraient pourvoir. Je m’amuserai donc, et succomberai aux attraits, certes audacieux, mais également périlleux, des apparences, des galanteries peut-être, et surtout, d’ambitieux projets d’avenir.

Acceptez enfin, Monsieur, mon cher et doux ami, d’apprendre que je vous aime, et qu’il en sera toujours ainsi. Votre respect à mon égard et vos douces attentions ne resteront, semble-t-il, que les seuls qui ne se fussent valus de mon véritable intérêt, et qu’aucun autre être ne sera jamais digne de ma considération. A ces lignes, quoique de nombreuses occasions me surprirent à laisser couler d’amères larmes causées par votre absence et vos silences depuis notre cruelle séparation, je ne puis m’adonner à elles plus longtemps, car je me dois d’être forte, et vous de même. Adieu, Monsieur, je vous en prie, je vous en supplie, soyez heureux.

De … ce 24 avril 17…

(Hommage à Choderlos de Laclos)

Le breakup look

Dear Diary, Journal d'une Rêveuse 4 Comments »

Cher toi, cher lecteur fidèle (ou pas) qui me suis au gré des humeurs, et que, par conséquent, j’adore. Cher toi, si tu me voyais là, maintenant, tout de suite, tu ne me reconnaîtrais plus. Je suis en proie au breakup look.

Tu le connais, ce look; tu l’as forcément vu ou vécu. L’oeil hagard, le cheveu gras, le regard encore éteint  et l’esprit embrumé des suites d’une dose un peu abusée d’anxiolytiques pour pouvoir fermer l’œil la nuit dernière, tu erres lamentablement. Tu portes ton sweatshirt Snoopy à capuche au travail, et tu t’autorises à arpenter les couloirs tel un zombie, ou même de pleurer lorsqu’on te demande si ça va. Oui oui, ça va, réponds-tu en reniflant, les yeux explosés et la cerne quasiment phosphorescente.

Eh bien tu sais quoi, cher toi, lecteur adoré, je ne vais pas me la jouer breakup look bien longtemps; je vaux mieux que ça, et surtout, je te dois mieux que ça. Je vais lui montrer, à cette chiennasse de vie, qu’on ne traite pas les gens de cette façon. Je vais revenir si belle et successful qu’elle rampera à mes pieds en me demandant pardon pour toutes les merdes qu’elle m’a envoyées. De toute manière, elle sait déjà à qui elle a affaire. Et je vais commencer dès maintenant.

Enfin, dans quelques jours quoi. En attendant, je vais enfiler mon pyjama et comater devant une série débile en mangeant des Haribo.

Premium Wordpress Theme | Premium WP Themes | Free Icons | wordpress theme
Dedicated Servers
Tweeter button Facebook button