Je ne sais plus rien.
J’ai eu la chance de connaître le vrai coup de foudre – cet ouragan de sentiments qui vous transporte en une parole, un regard, un contact. Cette énergie qui vous pousse à l’embrasser sur la joue au moment opportun et qu’il sache que c’était bien plus ; c’était une folie, un rêve, un instant perdu. Je savais que c’était lui que je voulais et aucun autre ; que lui seul m’offrirait un nouveau départ ; et lui savait qu’il me choisirait. La distance, le regard des autres, nos différences : tout cela était sans importance, car nous nous étions aimés dès le début, sans conditions. Et en un sens, tout était facile.
Pourquoi l’as-tu quitté alors, me demanderez-vous fort justement, et je ne répondrai qu’en citant ces quelques lignes qui me font pleurer chaque fois que je regarde ce passage de Kill Bill :
Beatrix : I don’t know.
Beatrix : Because I’m…
Beatrix : …a bad person.
Bill : No.
Bill : You’re not a bad person.
Bill : You’re a terrific person.
Bill : You’re my favorite person.
Bill : But every once in a while…
Bill : …you can be a real cunt.
Donc. L’un des problèmes – et avantages – à cocooner confortablement dans une relation de trois ans est l’oubli d’un fait capital : dehors, c’est la jungle. Vous comprenez, lorsque tout est facile, naturel ; lorsque l’on se comprend sans se parler et que l’on connaît les attentes de l’autre sans même y penser, on s’y habitue.
Je savais que ce retour à la jungle après des années de comportement civilisé serait ardu. En réalité, c’est moins difficile que prévu. Je me fonds dans le paysage. Le seul problème, c’est que sa complexité me surprend de jour en jour. Tout n’est que séduction, jeux, non-dits, trop-dits. J’ai tellement changé, en trois ans. Je me cherche dans ce nouvel environnement ; c’est un véritable amusement dont les enjeux sont multiples (liberté, valeurs morales, sentiments, intégrité, réputation, etc.).
Pardonnez-moi donc mes indécisions, mes comportements, mes sourires, mes regards, mes écrits. Je veux tout et son contraire ; je ne sais pas qui, ni quoi; je me détourne de la facilité et ne désire réellement que ce qui me résiste. Je me nourris de ce challenge, je me languis, je m’amuse, je me freine, je teste nos limites. J’avance mes pions ; je protège ma reine. Je vous laisserai peut-être me voler quelques pièces, mais tout ne sera que stratégie, car en fin de compte, je gagnerai.
Laissez-moi juste le temps de tout réapprendre, et je serai à vous ; sans jeux, ni artifices.

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