My Bro et moi commençons alors à débattre sur le potentiel incroyable de ce pot de Nutella vide. L’idée est unanime: “On pourrait y mettre de l’argent, puis s’acheter un truc à la fin (à la fin de quoi, on ne savait pas trop).
Je ne sais pas qui y a pensé en premier – l’ambiance était un peu genre brainstorming sur le vif, quand on s’enflamme sur un projet impromptu et qu’on est incapable de se rappeler qui a dit quoi – mais le fait est que “s’acheter quelque chose” s’est transformé en “offrir quelque chose”. Donner à une œuvre de charité à la fin du mois. Faire un truc bien, quoi. Moi, encore sous le feu de mes projets de cadeaux de Noël éthiques et de mon dernier billet sur un Noël solidaire, je trouvais ça génial. Et puis, je pensais aussi au vieux monsieur du métro.
Le vieux monsieur du métro, j’étais déjà passée quelques fois à côté de lui. Il reste sur le côté, au pied de l’escalier de sortie de ma station, tout voûté de frilosité malgré son grand manteau noir, avec sa barbe blanche et ses favoris. J’étais passée à côté de lui, mais sans vraiment le voir, parce que c’est ce que les gens font, pour ne pas avoir mal ou culpabiliser: ils oublient dans l’instant ce qu’ils viennent de voir. Comme une publicité trop choquante qui provoque un phénomène de rejet du public à partir d’une certaine limite – tous les publicitaires savent ça. Bref.
Sauf que cette fois-ci, quinze minutes avant de remarquer le pot de Nutella vide, j’ai remarqué le vieux monsieur du métro. Et ça m’a fait mal au cœur. Non, vraiment mal. Comme lorsqu’une une main de fer vous écrase l’estomac, et votre poitrine se resserre. Je ralentis. Je monte quelques marches d’un pas lourd. Mon iPhone à 500€, dans la poche gauche de mon manteau, pèse trois tonnes. La vision du vieux monsieur m’obsède. Les autres passagers me dépassent, montent les marches, sortent. La culpabilité, ça pique dis-donc. Je m’arrête en haut des marches. Je bloque. Je débloque, je sors mon portefeuille, je prends mon dernier billet de 5€ sans réfléchir, je redescends les marches, je lui tends avec un grand sourire. Il me remercie mécaniquement; je n’ai même pas compris ce qu’il m’a dit. Et ses yeux étaient vides… Je suis sortie du métro, je crois que je me sentais mieux, mais j’aurais voulu lui donner plus. Je me sentais un peu triste.
Revenons au pot de Nutella vide. Nouveau débat, cette fois-ci sur le montant mensuel à accorder à ce projet. Que ça signifie quelque chose, mais que ça ne nous prive pas au point de ne pas continuer le projet pendant plusieurs mois. On se met d’accord pour xx€ chacune par mois, et à la fin du mois, on donne le total à une association. Et là, la question qui tue: laquelle?
Tout y passe. UNICEF, Amnesty, Action contre la faim, Sidaction. Les enfants, les animaux, la recherche, la santé, la dignité. My Bro, tu veux un truc pour les animaux non? – oui mais les enfants… – ou les personnes âgées? Puis je m’exclame, dans ce qui me semblait sur le coup être un éclair de génie – ou de candeur – “ou alors on pourrait sauver la planète!” puis je réalise qu’avec xx€ par mois, on ne sauve pas grand-chose. peut-être quelques arbres tout au plus. My Bro me rappelle que si tout le monde réagissait comme ça, personne ne donnerait. C’est vrai aussi.
On se met plus ou moins d’accord sur les enfants. Ou pas. On verra bien. Bon, quelle assoce? On fait comment? C’est où, laquelle, y’en a tellement. Une petite, une grande. On voudrait donner à tout le monde. On se met plus ou moins d’accord sur une petite assoce pas connue. On ne sait pas laquelle. Une fois de plus, il y en a tellement. Bon bah on remplit le pot. On verra bien.
C’est frustrant tout ça.
Toute suggestion est la bienvenue.
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